ESPACE MEMBRE
      Mot de passe perdu  


L’AGIL vous propose de découvrir aujourd’hui Ibrahim BAH-CLOZEL (promotion 1994) qui nous parle de son investissement responsable en Guinée.
 

Pouvez-vous vous présenter aux membres de l’AGIL ?

Je suis Ibrahim BAH-CLOZEL, chirurgien à Valence, dans la Drôme, ancien interne des hôpitaux de Lyon et ancien trésorier du bureau de l’internat entre 1995 et 1997. Certains d’entre vous se souviendront de moi au cours des heures enfiévrées passées dans la bibliothèque de notre bien-aimé Hôtel-Dieu lorsque nous projetions les actions du mouvement de grève de ces années-là.

Vous menez depuis quelques années un projet en Guinée autour de l’eau potable. Parlez-nous du contexte.

La Guinée est un pays très riche en eau, qualifié de château d’eau de l’Afrique de l’Ouest et pourtant il s’avère que la population de Conakry, la capitale, a de très grandes difficultés à s’approvisionner en eau potable. De nombreux quartiers n’ont pas d’adduction d’eau potable et quand le réseau est disponible, de nombreuses coupures rendent la distribution très aléatoire.
La seule solution pour les Conakrykas est de s’approvisionner en eau par d’autres moyens : ils creusent des puits sauvages dans leurs arrière-cours, mais surtout consomment de l’eau en contenants jetables, des bouteilles de 1,5 L aux bonbonnes diverses, jusqu’à ces micro sachets jetables de 300 ml que ceux d’entre vous qui ont eu la chance de voyager en Afrique de l’Ouest ont surement croisés sur leur chemin.

Ces sachets et ces bouteilles sont jetés dans les rues après utilisation, et se retrouvent dans les canalisations, ce qui génère une pollution plastique phénoménale. Une conséquence collatérale de cette accumulation de déchets dans les égouts de la ville est des inondations majeures lors des intenses saisons des pluies que connait ce beau pays. Ces phénomènes créent des zones d’eau stagnante en pleine ville, favorisant la prolifération des maladies parasitaires. J’ai découvert cette réalité au cours de voyages de formation auprès de mes collègues guinéens mais je n’y voyais aucune solution.

Pourtant, cette solution que vous recherchiez, vous allez finir par la trouver ?

Oui, c’est lors d’un voyage au Brésil que je découvre un système de livraison de bonbonnes d’eau à domicile qui fonctionne depuis près d’un siècle dans les grandes villes du pays. L’idée est là ! Le concept est trouvé, je me dois de l’adapter pour la Guinée. Je réussis après quelques années à m’entourer d’une équipe franco-guinéenne et en 2014 le projet « Eau de Mawa » est né et va mettre en place le premier service de livraison à domicile de bonbonnes de 20 Litres qui seront totalement réutilisables et recyclables. Et ceci avec une eau de qualité constante. Ainsi, nous sommes 7 particuliers (4 français et 3 guinéens) aux compétences multiples et complémentaires, et une entreprise française, EureauSources, spécialisée dans l’exploitation de sources naturelles d’eau et dans le conditionnement en bonbonne (www.eureausources.com).

Le concept ayant été défini, quelle a été l’étape suivante ?

2015 a été l’année de structuration du projet. Pendant cette année nous avons défini le process : à qui vendre ? à quel prix ? comment livrer et comment faire ? Puis nous avons créé la SAS française qui possède le concept et la marque : LA LICORNE Holding. Nous avons choisi cet animal légendaire, car elle symbolise la pureté et la purification des eaux.
S’en est suivi la création du logo « Eau de Mawa », bleu et blanc.

Ce nom de Mawa, est, quant à lui une émanation de Mami Wata, mère des eaux et femme poisson de la mythologie africaine.

Une fois ces bases posées, nous avons créé une société guinéenne « Mawa Distribution » qui va assurer la production, le conditionnement et la distribution de l’eau de Mawa.
Une étude de marché locale a été réalisée en juin et juillet 2015 sur 2 quartiers cibles à Conakry. Elle a confirmé un approvisionnement aléatoire et parfois de qualité douteuse, via le réseau. L’achat d’eau en sachet ou bouteille est bien une habitude de consommation généralisée : 43 % d’une population de 4 millions d’habitants dépensent entre 2,5 et 8 € en eau par semaine. Or, le prix de la bonbonne Mawa de 20 L sera d’environ 2,5 € et couvrira les besoins d’une famille de 6 personnes durant 5 jours. Et nous avons confirmé que 74,3 % de la population enquêtée est intéressés par une livraison à domicile. Enfin, nous avons recueilli l’aval du Ministère Guinéen de l’Environnement et des Eaux et Forêts, avec une lettre d’intérêt national confirmé par la nouvelle ministre Mme Assia Baldé.

Il vous a donc fallu une année pour vous structurer, et ensuite ?

En 2016, le projet s’est concrétisé. Notre associé EureauSource propose une chaine de nettoyage/remplissage d’occasion, car c’est bien là que se situe le cœur du process. Il nous fournit aussi une unité de production de bonbonnes, afin d’être autonome dans la gestion de nos contenants.
Dans notre modèle, calqué sur celui du Brésil, le client achète un premier contenant consigné et livré à son domicile. Sur simple appel et après règlement dématérialisé, il se fait livrer une nouvelle bonbonne pleine. La livraison se fera principalement grâce à des motos tricycles achetées localement et floquées aux couleurs Mawa.

D’autres canaux de commercialisation seront également utilisés ultérieurement : station-service, détaillants, entreprises, collectivités, syndics, … Quoi qu’il en soit, le règlement sera entièrement dématérialisé, donc sécurisé, via un paiement par mobile dont 80 % de la population de Conakry est équipée (Système Orange Money).
En 2017, grâce à EureauSources et en particulier à leur hydrogéologue, nous avons finalisé l’achat d’un terrain dont nous avons choisi l’emplacement en fonction de la géologie de la Guinée. Il nous fallait une zone préservée, mais également pas trop éloignée de Conakry et avec un fort potentiel de débit. Nous avons trouvé une région à 50 km de la capitale qui, avec ses failles à l’aplomb d’un plateau montagneux, se révéla idéale. Nous y avons acheté un terrain de 4000 m2 et le forage réalisé cette année-là s’est révélé excellent, donnant 15m3/h et ceci en toute saison. La qualité bactériologique et minérale de notre eau est parfaite.

Comment réussissez-vos à financer votre projet ?

En 2017, nous commençons la recherche des financements, et j’ai la chance de rencontrer Pierre Rabhi (paysan, écrivain et penseur français, c’est un des pionniers de l’agriculture écologique en France) qui nous accorde son soutien entier. Notre projet correspond exactement à sa vision de la protection de la planète et de son environnement. Grâce à cette caution, nous nous lançons dans la recherche d’actionnaires pour avoir le capital nécessaire à la construction du premier site de production.
La construction du site de production Mawa et la mise en place du système de commercialisation nécessitent en effet des fonds supplémentaires. Plusieurs réunions sont organisées auprès d’investisseurs privés, d’entreprises et d’associations, pour nous rejoindre.
Nous avons alors créé une dernière société, MAWA INVEST, qui accueille les actionnaires et prendra des parts dans MAWA DISTRIBUTION.
En 2018, nous démarrons notre levée de fonds qui s’achèvera par l’augmentation de capital dans les premiers mois de 2019. Les résultats ont dépassé nos espérances : il nous fallait 180 000 € pour lancer la construction et nous en sommes aujourd’hui à 205 000 € en partie grâce à d’anciens internes, amis de promotion.

À ce jour, quelle vision avez-vous pour l’avenir du projet ?

Nous pouvons remercier tous ceux qui nous soutiennent déjà, car grâce à eux le projet va sortir de terre. Ils ont été sensibles à la vocation du projet qui est de diminuer la pollution, et d’améliorer des conditions de vie des populations de Guinée. En effet, si pour l’instant nous n’avons qu’un seul site de production, l’ambition à moyen terme va être d’étendre ce modèle à tous les quartiers de Conakry et, très rapidement, à d’autres villes de la Guinée. Ce n’est qu’à cette condition que nous atteindrons notre objectif de supprimer la peste plastique en suscitant la mutation des acteurs guinéens du marché de l’eau qui abandonneraient leur modèle délétère pour un modèle vertueux, le nôtre !
Le projet « Eau de Mawa » avance donc à grands pas et nous allons commencer la commercialisation de nos premières bonbonnes en décembre 2019.

Un dernier mot à adresser à vos confrères anciens internes de Lyon ?

Si vous souhaitez en savoir un plus sur ce projet éthique et entrepreneurial, voire le soutenir, n’hésitez pas à nous contacter.
Nous sommes en train de finaliser notre augmentation de capital qui va nous permettre de construire l’usine en Guinée. Pour les éventuels investisseurs intéressés, il faudrait qu’ils nous contactent avant le 31 janvier.


Mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Téléphone : Ibrahim Bah-Clozel 06 10 79 62 06 et Éric Franusic 06 20 14 66 03.
Site : www.eaudemawa.com

 

Propos recueillis le 12 janvier 2019.

 

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